Avril 2016, le temps du rebond pour Capacitation Citoyenne

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dimanche 41 mars 2016, Place de la République à Paris, Nuit debout

Les présages de Capacitation Citoyenne sont « entrés en réalité » avec violence : si l’on n’est pas capable de « faire société », alors le repli vers l’entre-soi se systématise et la barbarie s’impose. CHARLIE et le super-marché Casher, puis le stade de France, le centre de Paris et le Bataclan, le Front National en tête du premier tour des élections régionales et maintenant, les attentats de Bruxelles ont fait entrer la France et la Belgique dans les territoires du terrorisme et de la xénophobie.
Le 31 janvier 2015, Capacitation Citoyenne improvisait une rencontre à Montreuil, « CHARLIE, et après ». Puis les rencontres de Rhône-Alpes et la rencontre finale du 27 novembre 2015 à Grenoble revenaient elles aussi sur ces évènements, et posaient la question du sens du réseau au bout de quinze ans d’existence.
La question est d’autant plus vive que l’une des structures porteuses de l’animation du réseau, «arpenteurs», a du fermer ses portes et que globalement les financements publics qui soutenaient le projet se sont amenuisés ou même ont disparu.
C’est donc bien une urgence de reposer la question du sens, des raisons, des principes de nécessité, « so wath ? ».

Nous avons interrogé quelques « anciens » de Capacitation Citoyenne, qui nous confirment que l’écriture de livrets, la réalisation de films ont permis de révéler des compétences, des savoir-faire, des expériences et de les croiser. Mais surtout, que ça a permis de transformer le regard que l’on porte sur soi-même, de renforcer chacun une dignité, une fierté qu’on ne soupçonnait pas et qui conforte les capacités d’agir. Ils confirment aussi que les rencontres sont fondatrices, il n’existe pas assez de lieux de croisement des différences, comme Capacitation Citoyenne a pu en réaliser.
Mais après, après autant de productions – presque une centaine de livrets, des dizaines de films, des sites Internet d’une richesse impressionnante mais que peu de gens consultent – et si peu de demandes pour continuer, faut-il s’acharner?

Le travail réalisé en 2015 avec les groupes de Rhône-Alpes autour de la recherche des conditions de l’amélioration du « pouvoir d’agir » nous éclaire.
Difficile de trouver les pistes crédibles d’un changement et d’une amélioration de notre société dans un projet porté par le politique avec un discours incantatoire qui n’implique pas les gens. C’est d’évidence par les projets émergeant de rencontres entre les gens, sur leur territoire de vie et pour une transformation immédiate que peut renaître le désir de faire. Et c’est sans doute par la mise en lien de ces énergies renaissantes que l’on peut espérer faire mouvement, créer l’intelligence collective dont notre société a besoin pour se transformer.
Tous les débats, échanges et travaux que nous avons entrepris ces derniers temps révèlent la rareté des lieux d’émergence de ces projets de transformation. Ce ne sont pas les valeurs, ni les idées, ni les énergies qui manquent, ce sont les espaces disponibles à leur reconnaissance et à une germination collective.

D’aucuns parlent de « tiers lieux », nous avons souvent utilisé les termes d’espaces publics de débat, il s’agit de ces lieux disponibles, ouverts, capables d’accueillir les différences et les étranges. Ils sont rares, mais efficaces.
Nous les avons rencontrés ou accompagnés quelquefois, par exemple avec le « Parlons-en » de Charleroi, puis celui de Grenoble où les habitants de la rue rencontrent une fois par mois les associations, les citoyens et quelquefois les élus et d’où émergent des projets de changement comme le collectif « Mort De Rue », « La Piscine, fabrique de solutions pour l’habitat », bientôt « le chenil solidaire » ou « le LÎEU ». C’est sans doute aussi la « Tartinerie » de Sarant où une librairie devient le lieu de rassemblement des énergies transformatrices du Gers. C’est la « Chimère » à Grenoble où des « patrons » croisent des Rmistes et imaginent des coopérations. C’est la rencontre des habitants du quartier de la Tarantaize à Saint-Etienne qui va initier un projet de partage de poèmes au Babet pour réagir contre l’arabophobie. C’est le Réseau Paul Bert à Bordeaux, centre social qui commence par un café restaurant ouvert sur l’espace public pour accepter l’improbable comme processus de fécondation de projets. C’est la « Cabane à Gratter » à Bordeaux où rien n’est préparé sauf la cabane dans l’espace public, prête à accueillir les habitants de la rue autant que les enfants de passage…

Tous ces lieux sont disponibles, ouverts, sans projet prédéterminé, sans a priori thématique. Ils sont pour la plupart décalés de l’action publique qui ne peut les classer dans un registre ou sur des objectifs précis. Ce sont pourtant les laboratoires de transformation concrète de la société.
Depuis le 31 mars, les places de la République confirment que la nécessité de se retrouver dans l’espace public pour réfléchir, travailler ensemble est devenue vitale pour un plus grand nombre encore.

Ces lieux ont besoin d’être reconnus, de se connaître entre eux, de consigner leurs expériences et de se renforcer par leur coopération en réseau. Ils ne peuvent bien souvent pas y parvenir, enchaînés à leur quotidien, à leur territoire en demande, à leur existence de survie.
Ils se heurtent souvent à des questions de fonctionnement, reposent les principes de vie des collectifs, interrogent les formes de la démocratie, cherchent les indispensables de l’efficacité. Comment mieux mobiliser, accueillir et rester ouvert, décider ensemble, déléguer, être légitime face aux institutions, face aux questions d’argent ?… Et l’on ne peut compter sur des réponses préconçues, il convient de refonder l’idée même de collectif.

Capacitation Citoyenne est un espace disponible pour leurs croisements. C’est à dire un espace de confirmation de leur valeur, un espace d’enrichissement par la rencontre des autres. Un espace d’émergence de projets de changement d’échelle, de projets qui mettent en lien des territoires éloignés et introduit une dynamique systémique : faire réseau, faire mouvement, faire société. Enfin, c’est un lieu possible pour retravailler collectivement et dans l’altérité le fonctionnement du collectif, les formes de la démocratie, les outils du pouvoir d’agir et de l’émancipation.
Si l’on considère ces « tiers lieux » comme des laboratoires expérimentaux, peut-on les imaginer sans les instruments de visibilité de leurs actions ? À la manière de la recherche scientifique, on a besoin d’éditer et de publier les avancées, d’organiser des rencontres qui présentent et confrontent ces avancées, d’échanger sur les outils et les méthodes. C’est là que devient rare et précieux le « tiers lieu » que représente Capacitation Citoyenne.

Voilà sans doute une piste nouvelle pour confirmer la nécessité de Capacitation Citoyenne. C’est cette piste qui pourrait être l’argument d’une rencontre prochaine, avec bien sûr, tous les collectifs déjà actifs dans le réseau, mais ouverte largement à ces nouveaux lieux qui apparaissent partout. Peut-on discuter collectivement ces principes de la nécessité de Capacitation Citoyenne et imaginer les outils, les moyens, les actions du réseau correspondent à ces principes ?
C’est aussi l’occasion de connecter Capacitation Citoyenne aux réseaux citoyens qui portent aujourd’hui les ferments d’un renouveau démocratique et politique. Nous pensons à Nuit debout, bien sûr, mais aussi au « Pouvoir citoyen en marche », « Pas sans nous », et les nombreuses plates-formes associatives en action. Ainsi, les collectifs de Capacitation Citoyenne qui sont en lutte sur le logement ou l’hébergement, sur la santé, sur le droit à la culture, sur le droit des handicapés, sur le droit des femmes, contre l’isolement, contre la violence institutionnelle ou contre le racisme pourraient rejoindre les luttes citoyennes.

Toutes ces questions et orientations ne peuvent devenir effectives sans un travail collectif qui pourrait être l’argument d’une prochaine rencontre. Pour cela, tout est à penser, à réinventer, puisque nous devrons rassembler la diversité des partenaires de Capacitation Citoyenne sans nous appuyer sur un financement institutionnel.
Pouvons nous compter sur vous pour engager la préparation de cette rencontre qui pourrait se dérouler le 23 septembre 2016 à Paris ?
Renvoyez nous vite vos réactions, vos disponibilités, vos moyens pour accueillir ou pour accompagner d’autres acteurs, vos idées pour inviter l’un ou l’autre de vos connaissances et réseaux qui apporterait un éclairage intéressant à ce positionnement, bref, commençons à agir!

contact: Pierre Mahey

3 réponses à “Avril 2016, le temps du rebond pour Capacitation Citoyenne”

  1. mireille k dit :

    Bonjour!

    je serai ravie de préparer en collectif la journée du 23 septembre ! pourquoi à Paris ? et pas à Bruxelles ?

    pour aller chercher des gens : partout : sur les places, dans les jardins, dans les bars et dans les prés, sur les plages, dans mon immeuble et…. autres lieux, quart, moitié, tiers ou trois-quart… ou un dixième ;-)
    (je suis allée chercher ce que signifie un « Tiers-Lieux »et j’ai trouvé ceci :

    Définition pour les pressés :

    * Proverbe de Concierge : « Un Tiers Lieux ne se définit pas par ce qu’il est mais par ce que l’on en fait ! »
    * Un Tiers Lieux c’est 3 choses à la fois : un service + un outil + un processus !!
    * C’est fait par et pour des individus, des structures, des groupes et des communautés !!!
    * Pourquoi on fait des Tiers Lieux ? Travailler, Vivre, Entreprendre et pour beaucoup survivre… »
    extrait du site http://movilab.org/index.php?title=D%C3%A9finition_des_Tiers_Lieux

    une pensée en grain de folie : je propose de faire une descente de l’Ardèche, de la Drôme, de la Loire, Allier.. et autres cours d’eau sympathiques en collectif « capacitation citoyenne »en une ou 2 journée :
    nous pourrions nous organiser en mode festif et en arborant les belles couleurs et valeurs de capacitation : préparer quelque chose d’original ;
    ou encore s’installer sur le parking ou dans l’enceinte du musée reconstitution de la grotte Chauvet (peut-être que dans 36 000 ans on parlera de nous comme on parle aujourd’hui de la culture aurignacienne !!! ;-)
    à réfléchir ensemble…

    c’est une idée que j’apporte pour se montrer, susciter la curiosité, faire causer… et inviter des gens à se joindre à nous …
    What do you think ?

    A bientôt, bises

  2. Felix dit :

    Salut Capacitation citoyenne !

    Bingo, ca joue par ici !!

    On peut regarder si St Vincent de Paul (ancien hôpital de Paris 14, transformé en « lieu » éphémère avec 600 lits d’hébergement, des artistes, des artisans, des assos et des structures de l’économie sociale et solidaire) peut être le lieu d accueil.

    Dispo pour une mise en lien Pas Sans Nous Paris et Pas Sans Nous.

    À rediscuter la mise en lien avec Basil des Studios Singuliers qui lançait aussi à un moment un réseau IdF des animateurs de tiers lieu, plus coworking, Fablab etc.

    Peut être une possibilité d offrir 2×2 couchages dans le 18ème.

    La bise
    Félix de CapaCités « la ville par tous et pour tous »

    Cool, Marie Odile on pourra discuter de ce qu’est un « simple » habitant…parce que ça n’a pas l’air si simple :)

    Et puis, si on peut avoir quelques gens Debout avec nous, ça peut nous aider à penser avec un pas de côté…ah mais y’en aura !!!

    Je me réjouis, à bientôt les gens

  3. Novelli dit :

    Bonjour Pierre,
    je suis contente d’avoir de tes nouvelles.
    Ma première réaction immédiate est Comment , et pour quoi Faire ? Car ta proposition embrasse très large.
    J’apprécie ta méthode de travail et les valeurs de démocratie humaniste subversive qui la sous-tendent.
    Mais construire les bases d’un renouveau démocratique implique pour moi de préciser d’avantage objectifs et moyens :
    d’avoir par ex des liens avec des « quasi institutions  » (et j’inclus Pas Sans Nous dans les institutions dans la mesure où ils sont des médiateurs possibles avec les institutions – les medias et les habitants des quartiers ) et -pour moi toujours- d’avoir quelques objectifs concrets clairs : poser les bases d’un fonctionnement plus démocratique en France, notamment au plan institutionnel.

    Pour moi les initiatives de recherche démocratiques actuelles en France sont variées, sur un échiquier politique assez large. Je vais prendre quatre ou cinq exemples :

    - Je participe au comité d’organisation locale de Notre Primaire ( Gauche et écolo) ceci afin de connaitre la force (ou non) du désir de renouveau de ces militants et citoyens qui veulent plus de démocratie. Il y a de jeunes PS déçus, quelques anciens élus et militants PC moins jeunes, des sympathisants écolos, et de simples citoyens…On est donc assez loin de Nuit debout. Pour la première réunion publique avec des « parisiens » initiateurs du processus descendus pour l’occasion, nous avons proposé aux nouveaux participants d’exprimer leurs attentes et désirs sur un tableau via des « post- it  » . Bilan de la récolte : la première attente et proposition des participants est bien la question démocratique ! (puis ensuite vient le travail RTT, la fiscalité , la transition énergétique, les solidarités etc)…La primaire veut dépasser les clivages politiques et essayer de trouver ensemble les bases d’un programme . Elle se heurte au instances politiques, rève de les dépasser.

    - Je suis par ailleurs récente adhérente de zero waste France : actuellement je suis membre d’un groupe de travail citoyen sur le renouvellement de l’incinérateur de l’agglomération, et sur la réduction « citoyenne » des déchets (compostage, ressourceries etc).
    Ce que ces militants jeunes, qui n’appartiennent à aucun parti, -veulent, c’est peser sur l’évolution de la société et les décisions publiques, à la fois comme simple citoyen responsable, et comme organisation experte interlocutrice des pouvoirs publics. Leur enjeu est notamment la concrétisation de la COP 21, le refus de gaspiller, et le souci des générations futures. Ils ne s’interessent pas aux partis.
    il faut noter que cette organisation locale est structurée nationalement et internationalement pour avoir davantage de poids. On a ici affaire à une institution qui a muté, a progressé par le haut ( Europe, international) et par le bas : elle a investi le local et qui s’est auto-organisé en adhérant à une charte, et qui mutualise des outils.

    - Pas Sans Nous que je côtoie un tout petit peu au Conseil National des Villes (aux plénières car nous ne sommes pas dans les mêmes groupes de travail ) est pour moi un peu une institution, mais avec une réflexion un mode de fonctionnement et un projet intéressants qui peut bousculer.
    PSN n’a pas forcement de lien avec les « simples » habitants. Car ce qui est + difficile -et pourtant nécessaire quand on écoute le collège habitants du Conseil National des Villes- c’est de tenter une alliance des conseils citoyens ou des citoyens des quartiers afin qu’ils gagnent en savoir faire, outils d’intervention, et en force politique. (Le CNV n’est pas vraiment fait pour ça : Il y a des auto-saisines possibles mais elles ne sont pas prioritaires, il faut faut attendre que le ministre ait reçu les avis des commandes passées ). PPSN est donc un acteur possible. Mais qui fédèrera les bonnes pratiques et donnera les outils dont ont besoin les habitants qui veulent agir ?

    - j’intervenais fin mars au colloque de la Fondation de France « Eco-Habitons, coopérons pour améliorer l’habitat » (eco-habitat, auto-renovation coopérative avec des eco-matériaux, une implication d’artisans et des habitants eux mêmes qui apprennnent certains gestes..), qui rendait compte d’une expérimentation nationale que nous avions soutenue en région rhône alpes… Je suis très heureuse de ces innovations, qui placent l’usager au centre etc… mais pour moi il manque la généralisation, disons la capacité à faire masse en terme de politiques publiques… Je l’ai du reste évoqué avec certains d’entre eux. Comment fait – on ?

    - Enfin, le microlocal :
    j’ai relancé il y a 15 jours avec d’autres une association locale « écologie et citoyenneté » qui se veut a-politique. Je ne militerai pas dans un parti cette année. Pourquoi? Parce que pour agir à mon avis il faut dépasser les clivages politiques qui nous enferment. Les Unions de Quartier sont parfois innovantes: l’union de quartier des bealières où j’habite et milite a lancé un repair café, une AMAP ..un café lien social… Celle de la villeneuve de grenoble une accorderie. Relier l’action locale et l’action globale. .. Faut- il donner une visibilité à ces actions – et si oui comment- ?

    ALORS VOILÀ, TOUT CE QUE JE VIENS DE CITER PARLE DE CITOYENNETÉ.
    Jusqu’où va- ton ? Est – on capable de mutualiser une partie suffisante de cette énergie ?
    Il me semble que l’enjeu aujourd’hui est de donner des outils, capacitation sociale et sociétale, peut-être de les chercher ensemble, et de les capitaliser via les reseaux sociaux…
    et que cela ne se fait pas sans l’affirmation d’un minimum de valeurs humanistes communes, dont la tolérance.

    Ces outils sont potentiellement particulièrement vastes : expÉriences de chercheurss, d’usagers, utilisation des réseaux sociaux numériques …
    Il faut les structurer, ce qui demande à mon avis de s’associer des experts…

    A bientôt pour échanger
    Amitiés,

    Marie Odile

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