Point de vue

Point de vueJusqu'où va la santé ? Edito Patrick Baguet

« La santé , ce n'est pas qu'une question de médecins et de malades ! »


Cette façon d'aborder le thème de la santé à Charleroi dans le cadre des rencontres de Capacitation Citoyenne m'a « interpellé » comme on dit. D'abord comme médecin de santé publique, parent pauvre de la santé en France, santé publique qui est le plus souvent perçue et analysée par les politiques et les médias sur le versant des soins médicaux et des coûts.

Pourtant l'on sait que si l'on veut améliorer l'état de santé d'un population, c'est sur les déterminants non médicaux qu'il faut agir, l'emploi, l'éducation, le lien social, les comportements…

Se « contenter » de soigner médicalement les malades n'est responsable que de 10 à 20% de l'amélioration de l'état de santé de la communauté. Il faut donc des politiques transversales qui se préoccupent de la santé/ bien-être dans toutes ses dimensions, de l'urbanisme à l'éducation en passant par l'habitat et la solidarité.

Cela inclut aussi l'accès aux droits : quand on est malade, comment se soigner quand est pauvre, sans travail, sans couverture sociale ? Le système de santé belge semble plus juste et moins complexe que le système français ; on y considère qu'à priori chacun a des droits ouverts avec une prise en charge à 100% des frais et un seul système d'assurance sociale. Il existe aussi la possibilité pour des centres de santé d'être payés au forfait, celui-ci étant plus important pour les personnes précaires.

En France, il faut prouver régulièrement qu'on est en situation précaire pour accéder difficilement à des soins gratuits, jongler avec la sécurité sociale et les mutuelles, renouveler les demandes et le paiement à l'acte plombe le système.

Quand on travaille et que l'on a des ressources, aucune paperasse à faire, les droits sont automatiques..… La dernière étude de l'INSEE montre que si l'espérance de vie continue de progresser, elle progresse plus vite chez les cadres que chez les ouvriers (l'écart d'espérance de vie 2/13 à 35 ans pour ces 2 catégories socio-professionnelles est passée de 6 ans à 6,3 années entre 1976 et 2008). Dès l'école maternelle, une étude de l'institut de veille sanitaire a montré en 2006 que c'est dans les académies où les modes de vie, l'alimentation et l'activité physique sont de meilleure qualité que les enfants sont en meilleure santé.

La santé, c'est donc surtout la qualité de vie qui en est le déterminant et quand il faut se soigner, l'accès facile à tous les soins, l'écoute, et l'approche globale des soignants sont aussi des facteurs de meilleure santé.

Les citoyens ont donc leur mot à dire sur les politiques de santé publique qui ne doivent pas être que des politiques du malade, du soin médical et de la sécurité sociale.

Patrick BAGUET / médecin de santé Publique / Grenoble Alpes Métropole