Rencontre de Tournai sur le logement, 2 mars 2oo7

Le logement : des actions pour réagir ou pour proposer ?

C’est au Foyer Saint Brice de Tournai que le collectif Droit Au Logement avait donné rendez-vous le 2 mars dernier aux groupes intéressés par la thématique du logement. Celle-ci était apparue comme un sujet de grand intérêt lors de notre dernière rencontre plénière à Mons. En effet, 12 groupes et plus de soixante personnes sont venues échanger leurs pratiques, questions et espoirs.

Inacceptable et révoltant (vidéo 4'50'')

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Des situations intolérables… une variété de réactions…

Plusieurs groupes ont présenté les actions qu’ils mènent dans le domaine du logement.

Constituer un dossier sur le phénomène des boîtes aux lettres par le GAL de Fontaine l’Evêque

Certaines personnes préfèrent payer jusqu’à 150 € par mois pour louer une adresse à un propriétaire et ainsi pouvoir bénéficier de l’entièreté des allocations. Ces boîtes aux lettres « fantômes » cachent alors des stratégies de débrouille et de contournement des règles par les individus.
Mais elles peuvent aussi révéler de graves violations du droit à un logement digne. Par exemple, des « marchands de sommeil » divisent leur immeuble en de multiples logements exigus, insécurisés, parfois insalubres, qui sont ensuite loués à des prix élevés à des personnes qui n’ont d’autres choix. Voir le site : www.moc-ct.be, rubrique « Actions »

Dénoncer et manifester contre les expulsions à Charleroi

Des propriétaires sans scrupule, parfois entourés de groupes armés, mènent des expulsions sauvages des locataires de leurs immeubles. C'est la Mafia du logement.
Les militants de la Chenille travaillent à dénoncer ces situations et participent à de nombreuses manifestations et actions de résistance aux expulsions sauvages.

Dialoguer avec les élus à Grenoble

Face aux nombreux problèmes de logement, et plus spécifiquement ceux qui concernent leur tranche d’âge, les jeunes imaginent des solutions : revendiquer le droit au logement opposable, rédiger un guide de bonnes pratiques (repérage des bons propriétaires, trucs et informations concernant le droit au logement…), établir des listes noires de propriétaires, d’agences immobilières… Voir le site www.cap-berriat.com

DIAGNOSTIQUER avec les habitants dans la région de Lille

À l'occasion de "diagnostics marchants", "Paroles d'habitants" repère les immeubles vides, les maisons abandonnés et consigne ces observations dans le rapport diagnostic. C’est sur cette base ensuite qu’ils interpellent les politiques, notamment sur la question du logement.

Mener une campagne publique sur le logement rural en Wallonie

L’atelier des « Aragnes » (groupe théâtre action de la région de Namur) participe à une campagne initiée par un mouvement de femmes du milieu rural – l’ACRF – dont elles font partie. D’abord, elles ont réalisé une enquête auprès des 250 groupes féminins à travers toute la Wallonie, pour recueillir les opinions des femmes sur le logement : se loger à la campagne coûte très cher, les paysages se dégradent à cause des nouvelles constructions dues à l’arrivée de citadins plus nantis, les prix augmentent et les enfants nés dans les villages ne peuvent plus y habiter. Après avoir réalisé une enquête qui fait apparaître les graves problèmes de coût, de mitage de l'espace, d'exclusion des jeunes, le mouvement a réalisé des cartes postales qui réclament la construction de logements sociaux et la réhabilitation de logements inhabités, que les femmes envoient à leurs élus. Voir le site : www.acrf.be

Se constituer en acteur collectif à Tournai

Le collectif D.A.L. a rédigé un cahier de propositions à soumettre aux autorités de la ville de Tournai, compilant chiffres, constats, état des besoins et recommandations pour que le logement devienne enfin une priorité politique ! Ce cahier fut l’objet d’un débat public préélectoral rediffusé sur la télé locale.
Pour se procurer le « Cahier de propositions » du collectif D.A.L., contactez Olivier Catoire : +32/(0)69/89.07.07

S'installer plusieurs semaines dans l'espace public à Charleroi

Le 17 janvier 2007, en soutien avec les Enfants de Don Quichotte du canal Saint Martin à Paris, et sous l’impulsion de l’association Solidarités Nouvelles, des militants, citoyens, sans abris, travailleurs… ont planté des tentes le long de la Sambre à Charleroi. Pendant 2 semaines, ils ont partagé cette vie précaire et ont réussi à mobiliser d’autres personnes pour montrer au grand jour la misère qu’on ne veut pas voir et dénoncer l’insuffisance des solutions d’urgence représentant les seules réponses des politiques face aux problèmes de logements à Charleroi. Contact : Asbl Solidarités Nouvelles – Denis Uvier : (+32) 0472/715718

Le logement, source de préoccupations pour tous

Les travailleurs de l’entreprise Terre sont des personnes précarisées qui bénéficient de logements sociaux. AJS Le Bon Emploi de la Solidarité explique l’importance du sujet en parlant de la situation extrême d’un de ses usagers, menacé d’expulsion par la police car il ne parvenait plus à payer un loyer équivalent à l’entièreté de son salaire mensuel.

À Roubaix, les membres du comité de quartier de l’Hommelet ont également été confrontés au problème de l’expulsion. Le 3 octobre 2006, après une douzaine d’années d’actions dans le quartier, l’association d'habitants a été officiellement expulsée par un propriétaire souhaitant faire de "l'insertion par le logement". Voir le blog2roubaix

La qualité des logements est mise en question par EN.CO.RE, qui raconte combien le Valenciennois est touché par la problématique du logement indigne et insalubre. A Montreuil, dans les quartiers à forte population malienne, Ensemble Notre Quartier explique qu'on partage le lit entre les travailleurs de jour et les travailleurs de nuit.

À Tournai, des travailleurs du Service d’Aide à l’Intégration Sociale, éducateurs de rue, soulignent les problèmes des logements de transit qui, bien qu’ils devraient servir de solution de dépannage, sont souvent occupés à long terme par les mêmes familles.

Du bail glissant
au prêt à l'usage (vidéo 2'35'')

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Des alternatives mises en place

Une large part du problème provient du manque d’accessibilité au logement, particulièrement pour les personnes à faibles revenus ou socialement marginalisées. Deux structures sont venues expliquer les services qu’elles ont développés pour faire face à cet aspect.

Le bail glissant d’Habitat Service à Liège

Cette association liégeoise prend en location tout type de logements et les sous-loue à des personnes précarisées. En se portant garante pour elles auprès des propriétaires, elle assure un accompagnement de 6 mois à un an à ces personnes, jusqu’à ce qu’elles s’autonomisent pour reprendre le bail à leur nom. C’est à ce moment que le bail « glisse » et que les personnes deviennent officiellement locataires, sans plus d’intermédiaire avec le propriétaire.
Cette initiative fonctionne avec 30 à 40 logements par an, Habitat Service ayant géré près de 250 logements depuis sa création en 1994. Grâce aux subventions du Fonds régional du logement, elle représente une voie intéressante de partenariat privé-public. Contact : +32/(0)4/226.20.55

L'agence immoboilière sociale "Charleroi Logement"

Les objectifs de ce type d’agences sont d’aider les personnes à se reloger à des coûts abordables et d’aider les propriétaires à rénover et réhabiliter des logements impropres à l’habitation.
L’agence Charleroi Logement gère actuellement 110 logements. La plupart sont sous mandat de gestion, c’est-à-dire que l’agence prend le bien en gestion pour un bail d’un an ou plus et devient le représentant officiel du propriétaire (bailleur) auprès des locataires.
Depuis 1993, Charleroi Logement a mis en place un Fonds de Solidarité des Garanties Locatives dont l’intérêt est de pouvoir mobiliser en 2, 3 jours la somme d’une garantie pour la prêter à une personne en difficulté pour peu qu’elle ne soit pas déjà bénéficiaire d’aide du CPAS (CCAS). Contact : +32/(0)71/86.22.02 ou fax : +32/(0)71/86.22.07

Auto-construction (4'40'')

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Et où sont les propositions ?

Faut-il une rupture par rapport à ces dynamiques "en réaction"?

« Que l’on soit jeune, vieux, noir, femme enceinte… pour peu qu’on ne soit pas riche, nous nous heurtons tous à cette question du logement ! » et bon nombre de collectifs et d’associations mettent en place des actions, des services pour contribuer à trouver des solutions.
Néanmoins, tous ces projets se posent souvent en réaction par rapport à un état des lieux déplorable de la situation du logement. On constate des dysfonctionnements et on y réagit en compensation, on ajoute une mesure, un service pour atténuer les défauts d’un système global.
Pourtant, on a l'expérience de projets originaux : souvenons nous des coopérative de logement ouvriers du début du XXème siècle qui a su produire des cités jardins magnifiques.

Les Castors ont permis la construction de logements par les futurs habitants à un coût moins important.

Dans un quartier de Birmingham, la gestion de 700 logements sociaux est entièrement sous la responsabilité d’une association d’habitants, depuis dix ans. Ils prennent en charge le règlement des loyers et des charges. Ils sont aussi responsables de l’attribution des logements. Ils sont même devenus parfois propriétaires de logements. Cette expérience sans précédent en Angleterre a fait changer la législation puisque grâce à cette initiative, une association peut, sous certaines conditions, réclamer la gestion des logements publics dans sa ville.

Dans les périphéries de Fortaleza (5ème ville du Brésil, située au nordeste, avec plus de 2 millions d’habitants), des groupes de familles s’organisent en mutirão. Ces expériences animées par les fondateurs de Periferia consistaient à créer des « morceaux de ville » : de 50 à 150 familles s’organisaient pour construire un quartier, avec des logements, des places et équipements, et ceci grâce aux appuis des municipalités et de la province. Tout le monde construisait les maisons de tous, sans savoir où il allait habiter. À la fin du chantier, un tirage au sort – ou tout autre système défini par les familles – permettait l’attribution des logements. Avant même d’élever les murs des maisons, une fabrique d’éléments de construction était mise en œuvre pour produire une partie des matériaux de construction.

Comme expérience alternative, le projet d’auto-construction de la friche du Manant Branlant en Auvergne (voir livret « Du rêve à l’action collective. Les Budgets Participatifs du Relais Social de Charleroi ») fut un succès pour les participants sans abri de Charleroi.
Dans le même esprit, pourquoi ne pas imaginer que la rénovation et l’aménagement de logements vides puisse être prise en charge par les habitants de la rue ? À la fois en tant que valorisation des capacités des sans abris à construire, et comme activité de resocialisation par le travail en équipe, un tel projet leur permet ainsi d’acquérir un logement.

Malheureusement, il y a des limitations légales et financières au développement de ce genre d’initiatives. Les projets d’auto-construction sont souvent assimilés, par les autorités, à du travail au noir, et vues comme des pratiques ne respectant pas certaines normes de constructions… Et voilà les projets abandonnés ou même étouffés dans l’œuf. Alors, comment peut-on faire pour que l’arsenal administratif ne détruise pas immédiatement toutes ces initiatives ? Faut-il travailler à faire évoluer le cadre législatif ?
Ce parcours fut aussi celui d’un groupe de Grenoblois qui, inspirés par les expériences brésiliennes, raconte ses tentatives – malheureusement abandonnées ! ( voir le livret de la série jaune « Un projet d’auto-construction dans l’agglomération grenobloise).

Quand la façon de se loger peut être un choix

Au-delà des questions de nécessité, la manière de se loger peut représenter un réel choix d’existence. vivre dans des maisons communautaires, en habitats groupés, habiter dans des camions… Plus d’info sur les expériences de squats politiques en Europe : squat.net/fr

Médiatique et politique (vidéo 6'40'')

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Médiatique et politique

Une approche collective nécessaire

En faisant référence aux 100 ans de militantisme et de lutte sociale pour parvenir aux acquis sociaux dont on bénéficie aujourd’hui, un participant réaffirme l’importance d’une vision et d’une approche collectives des enjeux sociaux.
Cette dimension collective se traduit par l’union et le travail en commun, et représente un pilier essentiel de la construction de projets alternatifs.
Par ailleurs, dans un contexte où les organisations travaillant sur le logement sont nombreuses, il est fondamental pour tous qu’elles se rassemblent et se positionnent collectivement pour avoir plus de poids face aux autorités politiques. C’est cette prise de position commune qu’a encouragée le fondateur des Enfants de Don Quichotte (cf Feuille n°6), en réunissant l’ensemble des associations spécialistes de la question du logement (DAL, Fondation Abbé Pierre, Emmaüs…) pour les forcer à se mettre d’accord sur une charte à signer en commun.

Faire de la politique et/ou donner un coup de pied dans la fourmilière?

Un élu – présent à la rencontre – invite à faire bouger les choses en faisant de la politique. C’est en étant à la place de ceux qui décident que l’on peut construire des normes et faire évoluer le cadre législatif pour que les gens aient des logements décents.

Diversifier les solutions, en garder trace et les diffuser

Il existe un tas de situations différentes. Bien sûr, le problème du logement n’est pas le même pour un sans abri ou pour un étudiant. « Il y a une hiérarchie dans la précarité, mais finalement elle touche la majorité des gens. »
Vu l’ampleur de la problématique, mais aussi la diversité des projets menés pour y pallier, il apparaît impossible de trouver des solutions globales qui conviennent à tous les cas de figures.

Le logement et les médias

Comment mobiliser les élus, comment mobiliser les médias. Peut-être faut-il prendre les outils du journalisme, grâce à internet et ses blogs, et sans attendre l'implication des grands médias, créer l'information et l'événement pour être entendu. N'est-ce pas un rôle que pourrait prendre Capacitation Citoyenne. Aussitôt dit, aussitôt mis en ligne, voici un début, à vous de réagir pour porter le débat plus loin.